Gérer les émotions.
- Zoroaster

- 4 mai
- 2 min de lecture

Ce ne sera sans doute pas la dernière fois que j’écris quelque chose sur les émotions. Je suis un enfant de la génération perdue. Et que faisons-nous ? Nous nous débrouillons. Nous faisons cela depuis toujours. La plupart du temps, cela se manifeste de manière positive. Il y a eu tant d’évolutions qui se sont produites autour de nous, et il n’y avait pas de mode d’emploi pour savoir comment nous pouvions nous approprier toutes ces nouveautés sans trop de dégâts. Le plus souvent de manière positive, donc, de vraies découvertes qui ont rendu notre vie plus passionnante : la télévision couleur — oui, enfant, j’ai encore regardé la télévision en noir et blanc ! — les ordinateurs, internet, les réseaux sociaux, les services de streaming, le GSM, … et ainsi de suite. Mais aussi faire face à une crise énergétique, à des taux d’intérêt élevés sur les prêts, ou à un chômage important lorsque nous avons obtenu notre diplôme. Beaucoup de choses ont changé dans le monde autour de nous, précisément au moment où nous devenions vraiment adultes et où nous fondions notre propre famille. Il n’y avait pas de temps pour s’inquiéter, pas de temps pour s’arrêter un instant, pas de temps pour laisser nos émotions se développer en pensées à part entière, digérées. Exprimer ses émotions, en parler, cela ne faisait pas du tout partie des bases de notre éducation. Nos parents ont grandi dans une période de progrès financier et étaient partisans d’une éducation stricte. Étudier et travailler, tel était le credo. Ne pas s’arrêter et ne pas laisser les sentiments jouer un rôle dans ce que nous faisions. C’est en tout cas ainsi que cela s’est passé pour moi.
Cette semaine, les médias ont accordé beaucoup d’attention au procès des parents qui avaient torturé à mort leur propre petit garçon de neuf ans, Raoul, et l’avaient abandonné dans un sac de sport dans un lac. Une histoire indescriptible de négligence et d’agression. En regardant les reportages, j’ai été submergé par l’émotion. Comment est-il possible que des parents fassent une chose pareille à leur enfant ? Je ne pouvais pas et je ne peux toujours pas le comprendre. Au même moment, je me suis dit : Zoroastre, maîtrise-toi ! Ne laisse pas cette vague d’agression venant d’un autre et visant un autre t’atteindre. Il était difficile de continuer à regarder. L’histoire dominait le journal télévisé, jour après jour. Je regardais d’un œil. Ce n’est probablement pas propre à notre génération, de se retrouver ainsi tiraillé entre intérêt et répulsion, mais ce que j’ai trouvé étrange, c’est que j’ai commencé à me reprocher d’éprouver ces sentiments doubles. Quelque chose me disait que je ne devais pas me laisser emporter ainsi, me laisser devenir malade en entendant le récit de faits qui s’étaient déroulés si loin de mon propre univers. Que cela était mauvais. Une étrange constatation à mon propre sujet. Pas la première fois. Ils ont tous deux écopé de trente ans de réclusion, ces bourreaux de leur propre enfant.


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